VONDEL (J. Van den)


VONDEL (J. Van den)
VONDEL (J. Van den)

L’œuvre dramatique et poétique de Vondel représente, avec la peinture de Rembrandt, le moment baroque de l’«âge d’or» néerlandais, de ce XVIIe siècle qui, grâce à l’indépendance politique et religieuse récemment conquise et aux richesses d’outre-mer déversées sur les quais d’Amsterdam par une flotte marchande particulièrement entreprenante, connut un épanouissement culturel sans précédent. Cet essor fut alimenté de surcroît par l’immigration de l’élite intellectuelle des Pays-Bas méridionaux, restés sous la coupe de l’Espagne catholique. Un paradoxe de l’histoire a voulu que ce soit précisément d’une de ces familles protestantes venues chercher refuge en Hollande que sorte le plus grand écrivain catholique du pays.

Le poète

Joost van den Vondel naît à Cologne, où ses parents anabaptistes, originaires d’Anvers, ont trouvé accueil. Il y passe ses neuf premières années, puis sa famille, chassée par les tracasseries dont elle était l’objet, erre quelque temps en Allemagne du Nord pour venir s’installer finalement à Amsterdam en 1597. Ici, le jeune Vondel fréquente d’abord des immigrés comme lui. Il devient membre de leur Chambre de rhétorique «La Blanche Lavande», appelée aussi «Chambre brabançonne», et s’essaie au théâtre biblique. Il se marie, hérite du commerce de soieries de son père, a plusieurs enfants, et commence bientôt à s’intéresser à la vie politique et littéraire amstellodamoise. Il fait la connaissance de nombreux humanistes ainsi que de P. C. Hooft et G. Bredero, poètes majeurs incarnant en ce début du XVIIe siècle la tardive apogée, en Hollande, de l’esprit de la Renaissance. Encouragé par ses nouveaux amis, il entreprend d’étudier le latin et l’italien, lit Ronsard, du Bartas, le Tasse. D’autre part, l’arrestation en 1618 et l’exécution l’année suivante du haut magistrat Oldenbarneveldt, dont il approuvait le libéralisme et la tolérance, déterminent Vondel à «engager» sa poésie dans les querelles qui divisent les protestants. Ses attaques fulgurantes à l’adresse des «contra-remonstrants» le rendent bientôt célèbre, de même que la tragédie de Palamède, ou l’Innocence assassinée (Palamedes oft Vermoorde Onnooselheyd , 1625), où les allusions directes au sort d’Oldenbarneveldt lui font risquer sa tête. Il se cache, paie une amende mais n’en prend pas moins la résolution de «leur dire leur vérité plus crûment encore». Et c’est la suite des satires contre les calvinistes, contre l’intolérance, contre le pouvoir des régents, où Vondel s’affirme comme un des grands polémistes de l’époque. Cela ne l’empêche pas de chanter, dans un style baroque et sonore foisonnant d’images et de contrastes, des louanges à la gloire de son pays d’adoption, de sa belle ville d’Amsterdam et de la dynastie des Orange, ni de consacrer quelques poèmes à la situation internationale, ou de se plonger dans Sénèque dont il traduit plusieurs pièces, avant d’en faire autant pour Sophocle.

De 1632 à 1637, il perd successivement deux enfants, puis sa femme et sa mère. Sa douleur s’exprime dans des vers où une stoïque fermeté s’allie à la résignation du chrétien. On a répandu l’image d’un Vondel tour à tour indigné, pompeux et morose. C’était oublier que, s’il ne connaît guère la légèreté, l’élégance, l’érotisme heureux d’un Hooft, Vondel n’en est pas moins un poète de la tendresse. L’amour conjugal, l’amitié, une joie tranquille d’exister lui ont dicté jusque dans certaines tragédies des accents dont la profondeur se passe de l’ornement baroque.

Le dramaturge

À partir de 1637, date à laquelle la ville d’Amsterdam lui commande une pièce à sujet national pour l’inauguration d’un théâtre (Gijsbrecht van Aemstel ), l’essentiel de sa production sera d’ordre dramatique. Sa conversion au catholicisme, qui s’annonce déjà dans cette œuvre mais qui n’a lieu qu’en 1641, fait de lui désormais le champion de la Contre-Réforme, dont il exaltera les idées dans de longs poèmes didactiques ou épiques et surtout dans une série impressionnante de drames, religieux pour la plupart. Rien d’étonnant à ce que ceux-ci lui donnent maintes fois maille à partir avec les calvinistes.

Son théâtre, initialement placé sous le signe de Sénèque et conforme en cela au goût de ses compatriotes, s’oriente peu à peu vers une conception plus sophocléenne, grâce aux conseils érudits de ses amis Vossius et Grotius, qui l’aident dans sa quête délibérée d’un art de plus en plus proche des sources grecques. Les premières pièces présentent encore, à la manière de l’épopée, une suite d’événements ou de stades différents dans la vie d’un héros ou d’un martyr: Gijsbrecht van Aemstel (1637), Les Vierges (Maeghden , 1639), Pierre et Paul (Peter en Pauwels , 1641), Maria Stuart (1646). Elles sont bientôt supplantées par des tragédies dont l’unité d’action se resserre sur un épisode exemplaire illustrant un thème universel: une trilogie consacrée au personnage de Joseph (1640) traite de la Providence et de la foi; Jephté (Jeptha , 1659), pièce préférée de Vondel en raison de son respect absolu des règles classiques, pose la question du sacrifice; Salomon (1648) et les trois chefs-d’œuvre Lucifer (1654), Adam en exil (Adam in Ballingschap , 1664) et Noé (Noah , 1667) ont pour sujets la dualité du bien et du mal, l’inquiétude foncière de la créature et sa révolte contre Dieu.

Bien qu’elles soient le fruit d’une période particulièrement pénible de sa vie, Vondel atteint dans ces trois œuvres le sommet de son art. Ses amis sont morts; il est en butte aux attaques des pasteurs (qui font interdire toute représentation du Lucifer ); le public se détourne; son dernier fils provoque la ruine de son magasin, dilapide ses biens, et, forcé par l’intervention paternelle de s’expatrier aux Indes, meurt au cours du voyage. À soixante-dix ans, Vondel rembourse ses créanciers en travaillant dans une banque sans que ralentissent pour autant sa production littéraire et son activité de traducteur.

La spécificité du théâtre de Vondel réside moins dans sa tension dramatique – encore que les dernières pièces citées soient pleines de péripéties aux contrastes violents – que dans son caractère poétique, dans les envolées lyriques d’un chœur célébrant la toute-puissance divine ou la beauté de la nature, dans les descriptions vertigineuses du déluge, de la chute des anges ou de l’incendie d’une ville, ou encore dans la mise en scène de la danse nuptiale et cosmique d’Adam et Ève au jardin d’Éden.

Plus qu’à celui de son compatriote Rembrandt, c’est à l’art de Rubens qu’on a pu comparer l’écriture fulgurante et musclée et les larges compositions du «prince des poètes néerlandais», qui d’ailleurs ne cachait pas son admiration pour ce peintre. Bien qu’il fût le contemporain des derniers poètes de la Renaissance hollandaise, son tempérament et sa production plus tardive le rattachent au grand courant baroque qui, sur les structures classiques, greffa son inquiétude, ses fastes et sa soif d’absolu.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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